L’art de la guerre : résumé du chapitre 3

 Publié le 19 mars 2014, à 23:14, par Allaedine El Banna   Aucun commentaire
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Après avoir préparé le lecteur à la « conduite de la guerre » durant le chapitre 2, notamment en insistant sur la préparation (coût de la campagne, non-prolongement du conflit, ravitaillement…), Sun Tzu entre dans le vif du sujet en présentant la stratégie offensive, qui constitue le titre du chapitre 3.

Un bon guerrier n’est pas forcément un bon stratège

L’art de la stratégie offensive ne consiste pas à détruire, mais plutôt à préserver au possible ce qui peut l’être : l’élégance suprême est justement de capturer, et non d’anéantir (v.1-2). Comme cela a été vu à la fin du chapitre 2, il faut donc épargner les prisonniers quand cela est possible, et faire de même avec les équipements, les villes, et les États. Cela a un intérêt certain pour renforcer l’armée.

« En effet, remporter cent victoires en cent batailles n’est pas le comble du savoir-faire. » (v. 3)

Sun Tzu considère en effet que l’armée ennemie ne devrait pas directement constituer la première cible de la stratégie offensive, comme nous le verrons plus loin.

D’abord, perturber les plans de l’ennemi

« Ce qui, donc, est de la plus haute importance dans la guerre, c’est de s’attaquer à la stratégie de l’ennemi. » (v. 4)

On se souvient que Sun Tzu avait déjà présenté au chapitre 1 les divers moyens de désorienter le général ennemi. Les plans de l’ennemi doivent constituer la cible première de toute projet d’attaque. En effet, la ruse et les tactiques peuvent apporter beaucoup plus de résultats qu’une bataille victorieuse (assassinat d’un bras droit important de l’ennemi, coupure des vivres, séparation des forces de l’adversaire…), et de plus, généralement à bien moindres frais.

Ensuite, briser ses alliances

« Le mieux, ensuite, c’est de lui faire rompre ses alliances. » (v. 5)

Un ennemi soutenu est un ennemi fort : en effet, avec de multiples opposants, il peut être plus complexe de mettre en place une stratégie offensive. Il est donc prioritaire de faire en sorte de s’assurer la présence du moins d’adversaires possibles, en les transformant si possible en alliés.

Enfin, attaquer l’armée ennemie

« A défaut, le mieux est d’attaquer son armée. » (v. 6)

L’attaque de l’armée ennemie ne doit survenir qu’après que toutes les manœuvres possibles pour déjouer ou répondre aux plans de l’ennemi, et pour diminuer le nombre d’opposants, aient été envisagées. Au verset 6, Sun Tzu fait clairement ressentir que l’attaque de l’armée adverse n’est pas directement obligatoire selon les circonstances : il se peut donc que l’objectif principal, c’est-à-dire la victoire, ait déjà pu être atteint lors des deux premières phases.

Éviter d’attaquer les villes

« La pire politique consiste à attaquer les villes. N’attaquez les villes que s’il n’y a pas d’autre solution. » (v. 7)

Dans la logique de préservation constante, Sun Tzu préconise d’éviter l’attaque directe des villes, et va même jusqu’à justifier son point de vue :

« La préparation des véhicules cuirassés et celle des armes et équipements demandent au moins trois mois ; les travaux de remblayage nécessaire pour dresser des talus contre les murs, trois mois encore. Si le général est incapable de contenir son impatience et s’il ordonne à ses hommes de s’agglomérer aux alentours du mur comme un essaim d’abeilles, un tiers d’entre eux seront tués sans que la ville soit prise. Telle est la fatalité qui s’attache à des attaques de ce genre. » (v. 8-9)

L’attaque des villes peut donc constituer une perte considérable en temps de préparations, en ressources matérielles, humaines et peut même aller jusqu’à mettre en danger le général en raison de la perte importante d’effectifs qui peut en découler. Sun Tzu avertit que ce genre d’attaques doit constituer l’ultime recours, et ne saurait constituer la base d’une stratégie fine. Il vaut mieux, en effet, encourager la conquête de la ville par des moyens détournés qui coûteraient alors beaucoup moins au général et à l’armée.

Chercher à soumettre l’ennemi sans combat

Le sommet de l’art de la stratégie offensive réside dans le fait de chercher à gagner la guerre avant d’engager l’ennemi : avec un minimum de risques lors de la bataille, l’armée reste forte et l’État préservé (v. 11).

« Ainsi, ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’ennemi sans combat, ils prennent les villes sans donner l’assaut et renversent un Etat sans opérations prolongées. » (v. 10)

Ce verset célèbre constitue la réelle conclusion de la première partie du chapitre 3.

Disposer correctement les troupes lors de la bataille

Sun Tzu conseille au général d’adapter le placement des soldats en fonction du rapport des forces : le but est évidemment de respecter les versets émis plus haut, à savoir éviter les pertes inutiles, et faire en sorte que les troupes restent fraîches (v. 11).

En supériorité numérique, encercler et harceler l’adversaire

Dans ce cas, il convient de ne pas laisser à l’ennemi l’occasion d’affaiblir l’armée : le but avoué est d’étouffer l’adversaire, afin de le soumettre (et par conséquent diminuer la durée du combat).

« Lorsque vous possédez la supériorité à dix contre un, encerclez l’ennemi. A cinq contre un, attaquez-le (harcelez-le). A deux contre un, divisez-le. » (v. 12-14)

Lors d’une supériorité « faible », on notera que la tactique à employer est de faire en sorte d’accroître davantage le rapport de force en divisant les effectifs de l’adversaire : le but est donc de parvenir à se retrouver, en un point donné du terrain, à « cinq contre un » au lieu de « deux contre un », par exemple.

A force égale, se lancer dans la bataille

« Si vous êtes de force égale, vous pouvez engager le combat. » (v. 15)

A force égale, il faut poursuivre le combat jusqu’à créer une situation de supériorité numérique en un point donné, afin d’appliquer les versets précédents.

En état d’infériorité, préférer la fuite

La retraite et la fuite doivent permettre à l’armée de ménager ses forces en cas d’infériorité numérique ou qualitative, afin d’éviter la mort ou pire, la capture par l’adversaire (et donc de renforcer ce dernier, selon les mêmes principes vus au début du chapitre).

« Lorsque numériquement, vous avez le dessous, soyez capable de battre en retraite. Et si vous êtes inférieur en tous points, soyez capable de vous dérober, car une petite armée est une proie facile pour une plus puissante. » (v. 16-17)

Le général devra alors envisager le renforcement de ses effectifs, où l’emploi de la ruse afin d’affaiblir l’adversaire, avant de se relancer dans la bataille. La défaite de l’armée signifie la perte de l’État : encore une fois, elle ne doit pas être envisagée comme une option (v. 18).

Éviter les troubles dans l’armée

Sun Tzu met en garde le Souverain contre les comportements pouvant sérieusement amener la confusion pour le général et l’armée.

Le général doit rester la seule tête pensante de l’armée

« Ignorer que l’armée ne doit pas avancer, ordonner une avance ou bien, ignorant qu’elle ne doit pas reculer, ordonner un recul : c’est ce qu’on appelle mettre l’armée dans un mauvais pas ». (v. 20)

Il faut à tout prix éviter de prendre des décisions absurdes en matière de mouvement des troupes, sous peine de déclencher l’ire de ses propres soldats si l’erreur a de lourdes conséquences. Ce genre de décisions peut communément provenir du Souverain ou de toute autre autorité au-dessus du général : il importe donc que le général ne se laisse en aucun cas dicter sa conduite, car il est seul responsable de ses troupes.

Nommer uniquement des officiers compétents et expérimentés

« Ignorant tout des affaires militaires, participer à leur administration : ceci désoriente les officiers. Ignorant tout des problèmes de commandement, avoir part à l’exercice des responsabilités : ceci tue la confiance dans l’esprit des officiers. » (v. 21-22)

Seuls les soldats de métier, et prioritairement les plus méritants et compétents, devraient avoir accès aux postes de commandement et d’administration : agir autrement attiserait jalousies et perte de confiance au sein de l’armée.

Les caractéristiques d’un général victorieux

Selon Sun Tzu, la victoire, quand elle survient, n’est pas le fruit du hasard ou d’interventions divines mais plutôt le résultat du travail et de la réflexion du général qualifié.

« Il faut savoir qu’il existe cinq cas dans lesquels la victoire est prévisible :

– celui qui sait quand il faut combattre et quand il ne le faut pas sera victorieux,

– celui qui sait comment utiliser une armée importante et une armée restreinte sera victorieux,

– celui dont les troupes sont unies autour d’un objectif commun sera victorieux,

– celui qui est prudent et attend un ennemi qui ne l’est pas sera victorieux,

– celui qui a des généraux compétents et à l’abri de l’ingérence du Souverain sera victorieux. » (v. 24-29)

Ces cinq versets synthétisent les divers enseignements vus dans le chapitre.

Connaître son armée, et connaître son adversaire

Sun Tzu clôt le chapitre 3 en invitant le général à se renseigner en permanence sur ses propres forces et sur celles de l’adversaire, afin de mettre le maximum de chances de son côté : en effet, c’est seulement en connaissant ses propres troupes ainsi que celles de l’ennemi que le général pourra appliquer l’ensemble des enseignements vus lors de chapitre, et ainsi s’assurer la victoire. Cet ultime enseignement n’est pas sans rappeler Socrate.

« Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même : en cent batailles vous ne courrez jamais aucun danger. » (v. 31)

En revanche, il faut noter que l’absence d’informations peut se révéler source de grands dangers (v. 32-33) : le général devra alors profiter de chaque situation afin de combler ce manque.



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