L’art de la guerre : résumé du chapitre 1

 Publié le 01 février 2014, à 17:17, par Allaedine El Banna   Aucun commentaire
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Plus de 2500 ans après sa date supposée d’écriture, l’Art de la Guerre est encore aujourd’hui l’un des grands classiques militaires. Sans vouloir trop rappeler Wikipedia sur le sujet, la tradition veut que Sun Tzu publie vers le VIème siècle avant J.-C., 13 chapitres qui constitueront le tout premier des traités militaires, avec un seul but : enseigner aux généraux comment vaincre. Si l’Art de la Guerre a une vocation militaire évidente, certains auteurs considèrent aujourd’hui que ses enseignements peuvent être appliqués à d’autres domaines, comme le management ou encore la politique.

Comme tout écrit ancien, l’Art de la Guerre n’est pas simple à lire : plusieurs commentateurs chinois (Ts’ao Ts’ao, Tu Mu, Tu Yu…) ont contribué au fil des siècles à expliciter certains versets, surtout les plus obscurs. Me basant sur la célèbre version de Samuel B. Griffith, (traduit de l’anglais par Francis Wang), je démarre par ce premier billet un résumé de l’oeuvre de Sun Tzu, qui permettra, je l’espère, de présenter rapidement aux lecteurs le sens global de l’Art de la Guerre ; sens qui, à mon humble avis, ne peut apparaitre qu’après plusieurs relectures.

L'art de la guerre de Sun Tzu, édité aux Champs Classiques.

L’art de la guerre de Sun Tzu, édité aux Champs Classiques.

La version de Samuel B. Griffith (édité aux Champs Classiques) demeure très intéressante à divers points de vue :

  • les versets sont sans fioritures : en effet, je crois que le but premier de Sun Tzu n’était certainement pas l’enluminure ou la calligraphie, mais bel et bien de se faire comprendre. L’élégance ne va pas forcément de pair avec les nombreuses figures de style, et cette édition le démontre par la clarté de sa présentation,
  • les commentateurs historiques ont leur place : certaines annotations de versets vieilles de plusieurs siècles (Chang Yu, Ho Yen Hsi…) permettent de rappeler le contexte d’écriture et explicitent les écrits de Sun Tzu,
  • des appendices, dont l’Art de la Guerre de Wu Ch’i accompagnent le texte et renseignent sur la portée réelle de Sun Tzu à travers les âges.

Il serait enfin précipité de citer Sun Tzu, sans faire référence à la célèbre anecdote de Sun Tzu et les concubines du roi (certainement légendaire), qui le met en scène avec un témpérament sévère mais également, compétent.

La guerre est une affaire sérieuse

Le tout premier verset de l’Art de la Guerre  donne immédiatement le ton :

« La guerre est […] d’une importance vitale pour l’Etat, la province de la vie et de la mort, la voie qui mène à la survie ou à l’anéantissement. » (v. 1)

A trois reprises, Sun Tzu fait référence à la vie. Une fois déclarée, la guerre implique l’Etat et la survie de tout ce qu’il représente. Si ce verset est le premier, c’est parce qu’il annonce le reste de l’ouvrage, à savoir que la guerre, de par son importance, mérite d’être considérée avec les plus grands moyens qui soient :

« Il est indispensable de l’étudier à fond. » (v. 1)

Sun Tzu précise ici que l’étude de la guerre implique le maximum des capacités et des ressources disponibles : il ne saurait y avoir de négligence dans une affaire aussi vitale. La défaite, qui signifie la mort, n’est pas une option.

Les calculs sont indispensables

Le titre du premier chapitre (« Calculs » ou « Supputations ») porte le message de l’auteur : la guerre mérite une réflexion appropriée. L’issue des guerres n’est pas l’affaire du hasard. Il n’y a pas de guerre sans plans.

Ce qui fait une guerre « favorable »

Sun Tzu émet un postulat basé sur seulement cinq points, qui doivent permettre de jauger l’armée, son général, et le champ de bataille lui-même, afin de déterminer si les chances de victoire sont du côté du général :

« Evaluez-la donc [la guerre] en fonction des cinq facteurs fondamentaux […] [:] l’influence morale […], les conditions météorologiques […], le terrain […], le commandement […], la doctrine […]. » (v. 2-3)

On remarque dans ce verset un ordre de priorité quant aux facteurs fondamentaux. En effet, le moral des troupes ajoute une valeur colossale sur le champ de bataille : ce même moral découle non seulement des raisons fondamentales de la guerre qui doivent être justes du point de vue du peuple, mais également du bon traitement qui doit être réservé au peuple et à l’armée : en toute logique, si l’on souhaite avoir des soldats qui soient prêts à mettre leur vie en jeu, cela ne doit absolument pas être obtenu par la force.

Les deuxième et troisième facteurs que Sun Tzu groupe ensemble sont les conditions météorologiques et le terrain. En effet, ces deux points agissent principalement sur les circonstances dans lesquelles un plan devra être conçu : une bonne armée a tout intérêt à combattre sur un terrain favorable, en conditions qui bénéficient à l’établissement des plans du général. Sun Tzu y reviendra à plusieurs reprises dans les chapitres suivants.

Le général et son autorité constituent ensemble le quatrième facteur. Par définition, le général n’a pas de commandement au-dessus de lui : il doit donc gouverner en étant vertueux (humain, courageux, équitable, mais sévère). Le général fait respecter la discipline de ses troupes : c’est indispensable afin que les soldats obéissent aux changements brusques de plan qui peuvent survenir durant la bataille (Sun Tzu en parlera dans la suite de l’ouvrage).

Le dernier des facteurs, et non des moindres, est le code de l’armée. Un bon général ne peut et ne doit pas être toujours présent pour faire respecter ses ordres. Une bonne armée est une armée organisée, dans laquelle les promotions sont accordées équitablement, les troupes nourries et entraînées correctement, et où les récompenses et châtiments sont dispensés en accord avec les règles. Le général ne constitue que la tête pensante d’un corps : cette métaphore sera utilisée plus tard par les commentateurs de Sun Tzu afin de démontrer que la coopération au sein de l’armée est vitale.

Une armée a toujours un général, et selon Sun Tzu, il ne peut ignorer ces facteurs :

« Il n’existe pas de général qui n’ait pas entendu parler de ces cinq points. Ceux qui en ont la maîtrise gagnent, ceux qui ne l’ont pas sont vaincus. » (v. 9)

Pour Sun Tzu, il ne suffit pas que les cinq facteurs soient seulement considérés de manière satisfaisante : pour gagner la guerre, il faut s’arranger afin que, pour sa propre armée, chaque facteur soit optimal, i.e un moral optimal, un terrain et une météo optimale, un général optimal, des règles optimales.

Tromper l’ennemi en permanence

L’une des « clés de voûte » de l’Art de la Guerre se trouve au verset 17 :

« Tout l’art de la guerre est basé sur la duperie. » (v. 17)

La logique de ce postulat est simple à saisir. En effet, le général doit en permanence, établir des plans et créer des situations qui contribueront à leur réalisation (cf v. 16). De l’autre côté, l’ennemi fera certainement de même : c’est pourquoi la tromperie, le mensonge, doivent servir à perturber les plans de l’ennemi, afin de sécuriser et favoriser la stratégie du général.

Sun Tzu multiplie les exemples dans les versets suivants : il faut mentir sur sa force (v. 18), sur ses positions (v. 19), sur la discipline de son armée (v. 20), et tendre des pièges (v. 20).

Désorienter le général ennemi

Sun Tzu souligne également que pour s’en prendre à une armée, il est intéressant de perturber sa « tête » : en effet, en plus de corrompre les plans de l’adversaire, le général peut faire prendre les mauvaises décisions à l’ennemi.

Plusieurs moyens sont envisageables : irriter le général ennemi, l’égarer (v. 22), le rendre arrogant (v. 23), le tenir sur la brèche et l’harasser (v. 24), s’arranger pour diviser ses troupes (v. 25), et enfin le prendre de vitesse (v. 26). Sans ses ressources habituelles, l’ennemi devient moins dangereux, et l’issue de la bataille de plus en plus favorable.

La guerre n’est jamais gagnée d’avance

Sun Tzu explique que bien que le général puisse avoir une incidence non négligeable sur des éléments favorables et des éléments défavorables, l’issue de la guerre n’est jamais totalement certaine :

« Telles sont, pour le stratège, les clefs de la victoire. Il n’est pas possible d’en débattre à l’avance. » (v. 27)

C’est lors de la conduite de la guerre (que l’on retrouvera au chapitre 2) que l’on se rapproche, petit à petit, ou bien de la victoire, ou bien de la défaite.

La conclusion du premier chapitre, donnée par le dernier verset, laisse néanmoins entrevoir une issue généralement bénéfique aux généraux qui auront calculé assez loin :

« Comme il diminue ses chances celui qui n’en fait aucun [calcul] ! Grâce à ces calculs, j’examine la situation et l’issue devient évidente. » (v. 28)

Conclusion

Sun Tzu introduit magnifiquement par ce premier chapitre le reste de l’œuvre, qui n’aura de cesse, pour la majorité des versets suivants, de préciser davantage les éléments globaux déjà présentés ici.

Sun Tzu responsabilise le général dans le tout premier traité militaire de l’humanité, et enseigne que les issues défavorables de la guerre ne sont que les conséquences d’un ensemble de mauvais facteurs « humains », qui peuvent être corrigés voire anticipés. Enfin, Sun Tzu se pose comme le maître de la stratégie guerrière, et n’hésite pas à menacer de défaite, comme cela sera le cas à plusieurs reprises au sein de l’ouvrage, ceux qui ne respectent pas ces principes :

« Si un général qui a retenu ma stratégie est employé, il est certain de vaincre. Gardez-le ! Si un général qui refuse de porter attention à ma stratégie est utilisé, il est certain d’être vaincu. Révoquez-le ! » (v. 15)

Si l’on pourra reprocher à l’Art de la Guerre ses allusions parfois relatives à l’Antiquité, il n’en demeure pas moins que ses enseignements portent toujours une certaine sagesse relativement accessible.



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